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Martinique : Le K5F veut se rappeler au bon souvenir des patrons et des pouvoirs publics
Un an jour pour jour après la grande crise sociale qui a paralysé pendant trente-huit jours la Martinique, le K5F appelle les salariés à observer une grève générale de vingt-quatre heures. Baroud d'honneur ou grève d'avertissement destinée à montrer sa force ? Rien n'est moins sûr...


Il y a un an, la Martinique à son tour, embrayait à la suite du Lyannaj Kont Pwofitasyon (LKP) en Guadeloupe, pour un mouvement social de grande ampleur qui allait paralyser l'île pendant trente-huit jours. Le collectif du 5 février, aujourd'hui K5F, était né. Pendant que l'île soeur s'enfonçait doucement dans le chaos et faisait la une des médias nationaux avec en guest-star Elie Domota, le médiatique porte-parole du LKP, la Martinique, elle, s'apprêtait à vivre sa "révolution" tranquille au cours de laquelle des milliers de manifestants "déboulaient" quotidiennement - période carnavalesque oblige - dans les rues de Fort-de-France pour crier leur colère contre la "pwofitasyon" et la vie chère et réclamer une baisse des prix et une augmentation des salaires. Un mouvement profond et populaire qui recueillait l'adhésion d'une très grande majorité de Martiniquais qui, malgré la gêne occasionnée, n'hésitait pas à soutenir le mouvement. Mais au fur et à mesure que l'on avançait dans le temps, les positions des différentes parties se figeaient, des crispations se faisaient jour et les propos se radicalisaient.

Une grève pour peser sur les futures négociations

 Des voix se sont élevées alors pour demander une sortie de crise. C'est notamment le cas du président de l'exécutif régional et leader indépendantiste, Alfred Marie-Jeanne, dont la voix est en général écoutée, qui, assez rapidement a appelé à la cessation des hostilités. Mais la distanciation et la défiance de la population à l'égard des politiques qui se traduira plus tard dans les urnes à l'occasion de la consultation du 10 janvier dernier, était déjà palpable et cet appel n'a pas été entendu. Il faut dire que les élus obnubilés par la question de l'évolution institutionnelle n'ont pas vu venir cette crise et, plus grave, ont été quelque peu dépassés par les évènements, même si certains ont été tentés de récupérer voire d'instrumentaliser le mouvement. Après trente-huit jours de mobilisation où l'on a été parfois au bord de la rupture, le 6 mars, le K5F appelait à la suspension du conflit. Estimant  avoir obtenu quelques avancées telles une baisse de 20% des produits de première nécessité (prix BC ba), une augmentation de certains salaires, une prime de vie chère de 200 euros, le gel ds loyers, un gel des prix des carburants, une petit baisse des produits bancaires, il signait un protocole de sortie de crise. Parmi les 130 points que comprenait la plateforme de revendication du collectif, plusieurs avaient été satisfaits, même si beaucoup restait en suspens. C'est ce que veut rappeler aujourd'hui le K5F qui profite de cette date anniversaire pour organiser une journée de mobilisation avec appel à la grève générale. Manière de commémorer à sa manière cette crise sociale devenue sociétale. manière aussi de tester sa capacité  de mobilisation et prendre date pour l'avenir afin de peser sur les futures négociations.

Guère de réponse aux questionnements

Mais, aujourd'hui, plus généralement, quels enseignements peut-on tirer de cette crise hormis les quelques revendications à moitié satisfaites ? Certes, cette crise a débouché sur l'organisation d'Etats généraux décidés par les chef d l'Etat qui a voulu apporter une réponse à ce qu'il pensait pensait être une poussée de fièvre comme en connaissent régulièrement ces régions. Etats généraux auxquels n'ont pas pris part les différents collectifs et qui ont abouti au premier Conseil interministériel de l'outre-mer d'où est sorti un catalogue de 137 mesures, dont certaines sont en cours d'application. Certes, cette crise a permis d'accélérer le processus lié à la question de l'évolution institutionnelle qui a donné les résultats que l'on connait et qui a surtout marqué la défiance de la population à l'égard de ses élus et plus globalement à l'égard de ses élites. Certes, ce mouvement a eu le mérite de poser les vrais enjeux et d'analyser les maux endémiques dont souffrent la Martinique et plus généralement les territoires ultramarins. Certes, dans le contexte, on a évoqué la nécessité de créer un nouveau modèle de société basé sur un développement endogène dans le domaine économique et esquissé l'urgence d'un changement de mentalité à tous les niveaux pour faire sortir le pays de l'ornière dans lequel il se trouve. Mais ces perspectives sont restées au stade des intentions, des voeux pieux, voire de l'incantation et pour tout dire il y a eu peu de réponse aux questionnements. Au final, on serait tenté de répondre en écho à certains nostalgiques, tout ça pour ça.

E.B  



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