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Après ses insultes détestables à l'endroit des Martiniquais coupables à ses yeux d'avoir rejeté massivement le passage à l'article 74 lors de la consultation du 10 janvier dernier portant sur un évolution institutionnelle, Voilà que l'écrivain Raphaël Confiant commet une escroquerie intellectuelle en faisant appel au génie de Césaire pour justifier ses errements. Décryptage
Au regard de la tragédie haïtienne, ce débat peut parâtre dérisoire,, mais les propos et les justifications de Raphaël Confiant paraissent tellement énormes qu'il est nécessaire qu'on s'y attarde quelque peu avant de rapidement passer à autre chose. Car Décidément, l'auteur de l'éloge de la créolité n'arrête pas de tuer Césaire. Après avoir commis un premier parricide - du vivant du poète - pour tenter d'exister avec son pamphlet -essai "Aimé Césaire - une traversée paradoxale du siècle"!, voilà qu'il recommence son crime de lèse-majesté en se comparant au maître pour justifier ses insultes et ses propos ignominieux à l'encontre des Martiniquais coupables d'avoir rejeté massivement le passage au régime prévu à l'article 74 de la Constitution française. Un vote "honteux" pour l'écrivain qui n'a pas hésité à pourfendre la "lâcheté " du peuple peuple martiniquais le vouant aux gémonies et le traitant de "sous merde, de ramassis d'aliénés, d'alimentaires", voire de "tâche sur la carte du monde, de salissure" et pour finir "d'étron".
Une démission intellectuelle
Qu'un écrivain qui se veut talentueux puisse s'en prendre de cette façon à son propre peuple avec un tel langage en dit long sur son fameux "talent". Qu'un supposé intellectuel puisse stigmatiser aussi vertement le vote de ses concitoyens, sans analyse préalable, sans remettre en cause les défauts de communication, l'estimation du rapport des forces, ni les choix qui ont scellé le divorce entre le peuple et les élus et plus généralement l'élite favorable au passage à l'article 74, semble relever au mieux de la faute professionnelle au pire à la démission intellectuelle. Concéder, c'est mourir, disait l'autre. Plutôt que de jouer son rôle d'intellectuel en tentant d'apporter son éclairage sur ce vote et montrer ce qu'il a de rétrograde ou d'avilissant, de son point de vue, l'auteur du "Negre et l'Amiral" préfère se vautrer dans la facilité en ayant recours à l'insulte et le mépris, apanages de la lâcheté, pour tout argument. Cette incapacité de l'un des plus en vue représentants de l'élite martiniquaise à se livrer à une auto-analyse, son impuissance à formuler des critiques à l'égard de ses condisciples qui ont failli serait simplement pathétique si elle ne s'accompagnait pas d'une immense imposture.
Une véritable escroquerie intellectuelle.
Car le plus grave , c'est que cet enseignant ose faire appel au génie d'Aimé Césaire pour justifier ses propres errements en comparant ses dérapages verbaux à un poème en forme de diatribe que l'illustre poète a adressé en son temps à son peuple :
"Ah, vous ne partirez pas que vous n'avez senti la morsure de mes mots sur vos âmes imbéciles car, sachez-le, je vous épie comme ma proie.... et je vous regarde et je vous dévêts au milieu de vos mensonges et lâchetés larbins fiers petits hypocrites filant doux Esclaves et fils d'esclaves Et vous n'avez plus la force de protester de vous indigner de gémir Condamnés à vivre en tête- à-tête avec la stupidité empuante dans autre choix qui vous tienne chaud au sang que de regarder ciller jusqu'à mi verre votre rhum antillais.... âmes de morue."
Non seulement le texte de l'auteur de "Cahier d'un retour au pays natal" est autrement plus chiadé et grandiloquent que les saillies et les dérapages verbaux de celui qui s'auto-désigne "prosateur de talent", mais de surcroit, Césaire savait faire la distinction entre le rôle de l'écrivain et celui du politique. Pour lui, "l'écrivain écrit dans l'absolu, un politique travaille dans le relatif. L'écrivain est tout seul avec lui-même, avec son âme, avec son esprit, le politique pour ne pas dire le politicien, doit tenir compte malheureusement des contingences". Césaire avait analysé la complexité de la société martiniquaise et son impréparation à la réceptivité de certaines idées puisqu'il s'interrogeait : "Est-ce que je puis faire l'indépendance des Antilles tout seul ? ". Pour aussitôt y apporter sa réponse : "je crois qu'on ne fait rien par delà les masses et sans les masses". Césaire a certes toujours dit "son fait au peuple martiniquais", il n'a jamais voulu aller à l'encontre de ses souhaits encore moins contre ses décisions. A moins que Raphaël Confiant voudrait faire en sorte, au contraire de Paul Valéry, que "la politique devienne l'art d'empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde".
E.B
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